03/04/2026

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Taiwan aujourd'hui

Une nouvelle année arrive : la Chèvre est à l'honneur

01/02/2003
Kai tai tu, de Giuseppe Castiglione

L'année du Cheval est passée au grand galop, arrive celle de la Chèvre. « San yang kai tai ! [三羊開泰]» est la formule de rigueur. Littéralement, elle se traduit par « une bonne année commence par trois chèvres » mais peut signifier aussi, à cause d'un de ces nombreux jeux de mots dont les Chinois sont friands, « le début de la bonne fortune ».

La date du 1er février a marqué en effet le passage, dans le calendrier traditionnel chinois, à une nouvelle année placée sous le signe zodiacal de la Chèvre. La légende veut que le Bouddha, qui se mourait, appela les animaux pour leur faire ses adieux. Le buffle allait arriver le premier, mais le rat qui voyageait sur son dos sauta à terre et le dépassa. Le rat devint ainsi le premier animal du zodiaque chinois, suivi du buffle, du tigre, du lapin, du dragon, du serpent, du cheval, de la chèvre (ou du mouton, puisque le même caractère chinois désigne les deux animaux), du singe, du coq, du chien et du cochon.

Depuis les temps les plus anciens, un motif représentant trois chèvres est utilisé par les artistes chinois qui l'ont inclus dans leurs œuvres, en référence à l'année de la Chèvre. C'est que le mouton jouit traditionnellement d'une grande popularité chez les Chinois, en raison de la docilité mais aussi du courage que la croyance populaire lui prête.

Sous la dynastie Qing (1644-1911), un peintre à la cour de Qianlong a produit une œuvre remarquable qu'il a intitulée Kai tai tu [開泰圖]. Elle est unique en ce qu'elle constitue une étonnante rencontre entre l'Orient et l'Occident. Son auteur était en effet le célèbre Giuseppe Castiglione (1688-1766), cet extraordinaire Jésuite italien, qui avait su s'attirer les faveurs du grand empereur chinois grâce à sa maîtrise dans l'art de la peinture.

Le Fils du Ciel lui-même, qui n'était pas seulement un protecteur des arts mais aussi un artiste reconnu, a repris le symbole des trois chèvres dans une œuvre qui porte le même nom. Les deux peintures, celle de Castiglione et celle de Qianlong, figurent aujourd'hui dans les collections permanentes du musée national du Palais, à Taipei.

Le premier dictionnaire de la langue chinoise, le Shuowen jiezi [說文解字], explique que la chèvre porte chance, car le caractère pour l'écrire est associé avec un autre, xiang [祥], qui signifie « être de bon augure ». Sous la dynastie Zhou (fin XIe s.-221 av. J.-C.), la chèvre était l'un des trois animaux sacrificiels préférés pour rendre un culte aux ancêtres, les deux autres étant le buffle et le cochon.

C'est en partie en raison de ces rituels que l'animal a été peu à peu associé à la piété filiale. Une autre raison est la posture agenouillée que prend l'agneau lorsqu'il tète sa mère, assimilée par les Chinois à une marque de respect vis-à-vis des parents.

Les natifs de ce signe sont donc connus pour leur amabilité et leur serviabilité. Ils se concentrent sur leur travail, ne s'imposent pas aux autres et, d'une nature élégante, ont le sens artistique développé. On dit qu'ils s'entendent particulièrement bien avec les natifs des années du Lapin, du Cheval ou du Cochon, mais qu'ils doivent éviter les problèmes avec ceux qui sont nés sous le signe du Buffle.

Pourtant, les dictons populaires ne sont pas toujours favorables à la chèvre ou au mouton. « Le mouton dans la gueule du tigre » rappelle qu'il ne faut pas être trop confiant, ou naïf, si on veut ne pas avoir de mauvaises surprises. « Un mouton dans la peau d'un tigre » signifie que les apparences sont trompeuses, et celui que l'on admire pourrait, au fond, être sans substance. Enfin, « il faut réparer l'enclos après la fuite du mouton » nous apprend qu'il n'est jamais trop tard pour rattraper ses erreurs.

Depuis des milliers d'années, les hommes dans le monde pratiquent l'élevage des chèvres, l'animal entrant à des degrés divers dans les cultures pour donner naissance à un folklore, des croyances et une imagerie particulières. Par exemple, les aborigènes de la tribu des Yami, à Taiwan, ont eux aussi une tradition culturelle liée à la chèvre. Sur leur petite île, au sud-est de Taiwan, ils se livrent à l'élevage des chèvres, même si le poisson est à la base de leur alimentation. Lorsque les hommes vont pêcher, les femmes, elles, gardent les chèvres. Les Yami modèlent des chèvres dans de la glaise et s'en servent comme figurines pour jouer, décorer ou se parer. Les cornes de l'animal peuvent aussi être utilisées de la même façon, comme jouets pour les enfants ou bien comme objets de décoration. Les familles conservent des cornes de chèvres chez elles et les exhibent comme signe de leur richesse. Dans le passé, chaque famille yami élevait des chèvres, et un festival de deux jours, assez complexe, était organisé avec l'animal figurant au cœur des rituels.

Le musée national des Sciences naturelles, à Taichung, dans le centre de l'île, présente en ce moment une exposition consacrée au thème de l'année de la Chèvre. Des œuvres d'art, des livres et des illustrations ayant trait au sujet sont exposés, et des animations sont proposées montrant la place que tient cet animal dans l'écosystème insulaire.

On y redécouvre à cette occasion les deux espèces de chèvres locales, propres à Taiwan : une espèce domestiquée, la chèvre noire de Taiwan, et le serow formosan ( Capricornis crispus swinhoei).

L'élevage de la chèvre noire est pratiqué à Taiwan dans deux endroits placés sous la tutelle de la commission d'Etat de l'Agriculture, le Centre de recherche de Hengchun et la ferme d'élevage de Hualien. Cette espèce ayant subi une dégénération au cours des dernières années, on ne compte plus dans l'île que 300 spécimens de race pure. Le serow est, quant à lui, un animal de montagne très indépendant, avec un sens territorial très développé. Sa toison marron foncé n'est aperçue en général qu'au lever ou au coucher du soleil dans les zones forestières de moyenne et de haute altitude.

Une année de la Chèvre est porteuse de paix, dit la tradition. Espérons que ce sera le cas pour 2003. Les Taiwanais, comme des centaines de millions d'autres Chinois dans le monde, n'ont pas manqué de se le rappeler en célébrant dans la joie son arrivée le 1er février. ■

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